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lundi 21 juin 2010

"Comment on va appeler ça?"

A Clermont-Ferrand il existe un label de qualité et avec un intérêt assez porté sur les univers entourant les artistes qu'il signe. Que ce soit pour Leopold Skin, The Delano Orchestra, Pastry Case, St Augustine ou plus récemment Soso, Hospital Ships et Evening Hymns, tous ont créé et défendent un univers qui leur est propre. Le Kütu Folk Records, dont les magnifiques pochettes cousues sont reconnaissables entre mille et son actualité plus que riche nous a incité à rencontrer dans ce qui a de plus en plus ressemblé à un véritable entretien le manager du Kütu Folk Records et chanteur/guitariste au sein du Delano Orchestra, tellement que nous vous le proposons en plusieurs parties -t'as vu comme on prend soin de notre lectorat sur le Kiwi.
Le Kiwi: Quelles sont vos impressions par rapport au Lündi Kütu qui a eu lieu il y a 2 jours?
Alexandre: J'ai trouvé que c'était assez troublant comme expérience, c'était vraiment, oui en fait, une expérience. La danse mêlée à l'écoute de l'album, ça a un peu divisé au sein de l'équipe, un peu polémique sur le fait de savoir si la danse prenait pas le pas sur l'écoute et si on avait pas pris en otage les gens par rapport à tout ça. Mais si c'est de mon point de vue je suis satisfait parce que j'aime bien essayer d'être exigeant avec le public, avec nous mêmes aussi. Donc voilà il fallait un peu de préparation, un peu d'exigeance, c'était le premier, les autres auront une autre forme, une autre tournure. Y'aura de la vidéo c'est sûr, y'aura plein de trucs.
Le Kiwi: Pourriez-vous introduire le label à nos lecteurs?
Alexandre: On a créé le label avec Damien de Leopold Skin. Au départ, on avait quelques noms de groupes à peine, on avait un monté un projet en une semaine qui s'appelait 20206. Donc c'était au mois de février, on avait enregistré un petit album, un petit EP tous les deux, c'était un truc où il y avait une sincérité qui se dégageait de tout ça. On avait juste eu l'envie de le sortir, d'en faire une petite vingtaine d'exemplaires et donc ça été très vite, on a dessiné sur des pochettes carton et puis on s'est dit « tiens on va essayer de le sortir comme ça » . Puis on a plié une pochette et on s'est dit « tiens on a qu'à les coudre et on va les amener chez Spliff (disquaire indépendant de Clermont, ndlr) et puis aller chez Gibert et à la FNAC ». Ca a commencé comme ça, et après chacun a fait ses disques personnels et donc on a toujours pris cette forme là et c'est donc cette soirée là quand on avait fini d'enregistrer et tout qu'on s'est dit « comment on va appeler ça? » et « on va appeler ça Kütu Records » à cause de ce lien avec les pochettes cousues. Et en fait je crois qu'on sentait déjà un truc, nous on aimait l'objet disque. Enfin Damien il dirait plutôt qu'il aime l'objet vinyle maintenant et qu'il en a marre des disques et tout ça. Moi je trouve que c'est important d'avoir un objet quand on écoute la musique et du coup que l'objet soit différent c'est important et le label quand on le définissait avec Damien, on voulait que ce soit des musiques sincères. Du coup des choses qui viennent d'une personne, que ce soit assez personnel, très sincère. Et donc voilà on a commencé à travailler avec des artistes qui étaient plus de la région donc François de St Augustine qui était déjà dans l'aventure, même quand on a créé le truc et Bertrand de Pastry Case est arrivé un petit peu après. Les choses ont avancé un peu et en 2009 on s'est dit « on va essayer de concrétiser tout ça, on va vraiment sortir les disques au niveau national », donc on a trouvé un distributeur, des petits distributeurs à l'étranger aussi, et toujours en essayant de garder cette ligne de conduite. Et c'est vrai qu'après il faut essayer d'aller chercher d'autres groupes et on a fait des choix tous ensemble toujours sur cette même lignée de groupes qui défendent une musique qui est personnelle. Alors le folk pour nous c'est plus la sincérité.
Le Kiwi: Et ces nouveaux artistes c'est vous qui allez les chercher ou c'est eux qui vous contactent?
Alexandre: On a tous été les chercher. Pour Evening Hymns on les connaissait via Magic qui nous avait dit qu'ils était en recherche de label et ils leur avaient dit « y'a Kütu Folk ça peut être bien ». Là, récemment y'a des artistes qui me contactent, ça a jamais correspondu à nos choix mais des fois c'est un peu mélangé, on sait plus trop qui a contacté l'autre en premier mais là pour les 3 sorties qui arrivent, donc Soso, Hospital Ships et Evening Hymns on les a plutôt contacté.
Le Kiwi: Le visuel semble avoir une grande place au sein du label, c'est vraiment important pour vous?
Alexandre: En fait, je peux pas croire qu'un artiste qui fasse de la musique et qui la fasse quand ça vient vraiment au fond de lui, que c'est vraiment personnel et tout ça, qu'il ait pas envie de travailler aussi sur tout ce qui entoure sa musique. Et que ce soit pour la vidéo, les types de pochettes et tout ça. C'était une sorte d'exigeance de base du label de dire que les pochettes doivent être dessinées intégralement par l'artiste. Enfin y'a pas de raison que l'artwork soit fait par une autre boîte. Comment une autre personne peut s'approprier le travail et la musique de l'artiste alors qu'il peut le faire, même s'il dessine mal, il doit au moins aller au bout de son truc et nous c'est ce qu'on demande et c'est ce qu'on exige aussi des artistes étrangers en fait. Après chacun a ses domaines de prédilections, François de St Augustine il dessine beaucoup donc c'est une bonne occasion. C'est pareil pour les clips, au départ y'a eu des propositions et des clips qui ont été fait et puis en fait non c'est pas possible ça correspond pas aux images que j'avais de la musique. Je commence à faire des clips, un film pour le prochain album, en fait je fais un film intégral.
Le Kiwi: Comme vous êtes très impliqués dans le visuel, est-ce que vous avez pour projet de sortir un peu de ce rôle de label et de faire des expos avec des dessins, quelque chose de plus graphique?
Alexandre: J'y pense beaucoup. Parce que je crois que le CD c'est un peu fini et qu'il va falloir offrir aux personnes qui sont intéréssées à la musique d'autres choses. Et donc y'a plein de projets qui sont liés à ça avec d'autres artistes de travailler sur l'art, le dessin, tout ce qui est externe à la musique en fait. On a déjà exposé les dessins de François au musée d'art Roger Quillot.
Le Kiwi; Ce qui est étonnant c'est que parfois, des gens sur Clermont vous connaissent pas alors que vous faites pas mal de choses...
Alexandre: Moi je trouve ça très sain que justement on soit pas très connus. Je trouve ça sain parce qu'à un moment on a fait vraiment beaucoup de concerts sur Clermont, au début on faisait venir d'autres groupes et tout ça. Et presque je trouve qu'il y avait un manque de reconnaissance par rapport aux institutions quand on jouait à la Coopé. Enfin maintenant c'est bon, c'est fait et après pour le public je me dis qu'on concerne une mine de public et y'a des moments où parce que c'ets des concerts gratuits y'a un public plus large qui va venir et il découvre quelque chose et c'est tant mieux. Mais après on fait pas de la musique populaire, ça j'en suis conscient et du coup tant mieux. Donc le but c'est d'être toujours là dans un territoire le plus large possible. Et c'est pour ça que les sorties des artistes étrangers c'est hyper intéressant parce que du coup ils font parler de nous un peu ailleurs. J'aime bien cet aspect discrétion aussi. C'est sain, c'est une progression. Ce qui me fait très peur c'est que les labels ça fonctionne souvent avec l'idée du buzz. Il faut faire le buzz le plus rapidement possible et à l'artiste de profiter de son buzz et après le buzz qu'est-ce qu'on fait? Et moi je veux absolument pas que ça se passe comme ça. Souvent quand tu fais un buzz en début de truc t'es pas au point sur plein de choses, tu peux pas maîtriser tout ça. Et je pense que c'est des problématiques qui se posent même avec des groupes de Clermont qui ont fait le buzz, je sais pas comment ils vont sortir de cette situation là. Je pense que c'est pas forcément facile.
Le Kiwi: Vous avez déjà fait des concerts où tout le Kütu jouait ensemble, vous avez le projet de réitérer ça ou c'était une expérience unique?
Alexandre: En fait on était tous habitués avec François et Damien à... En fait on a fait ça parce que beaucoup de gens nous demandaient si c'était possible d'avoir tout Kütu Folk et du coup on a fait ça comme ça, on était que 4. Alors ça ressemble pas à aucun des groupes finalement mais y'a des trucs qui étaient bien. Et au bout d'un moment on a progressé dans ce truc là, la coupe de capitale du rock de France, du monde... Et du coup on a participé avec le groupe et c'était une expérience, y'avait un gros groupe et là c'était bien, ça rendait les morceaux assez intéressants. Ca l'est d'autant plus qu'il y a des initiatives à l'étranger que je trouve intéressantes, comme Broken Social Scene au Canada de réunir plein d'artistes qui font des trucs un peu différents, de faire un super projet qui est pas pour autant un projet hyper accessible ou je sais pas quoi. Le mélange de tout ça donnait du folk un peu plus orchestré, j'ai trouvé ça intéressant. Et ça j'aimerais bien continuer à le faire mais c'est pas facile. Forcément il y a beaucoup de monde...
Le Kiwi: Le label en fait c'est plus pour pouvoir sortir des disques sans contrainte?
Alexandre: Oui voilà, moi j'avais eu des problèmes avec mon ancien label, c'était sur un label à Bordeaux et y'a eu beaucoup de contrôles sur l'enregistrement. Mais tout est payé donc tu te dis « bon ben je suis bien obligé d'accepter les critiques », c'est un directeur artistique un label. Et à la fin, j'avais quand même essayé de contrôler un maximum de choses et à la fin on m'a dit « bon pour l'ordre des morceaux je vais choisir » et j'étais « ah non non, ça ira pas, je les enregistre dans un ordre et je veux que ça sorte dans le même ordre ». Et non ils voulaient pas donc j'ai fait « bon ben je rachète le contrat ».
Le Kiwi: Au niveau de l'actualité il y a deux albums, pour le Delano Orchestra et Leopold Skin, qui sortent à la rentrée, comment s'est déroulé l'enregistrement et où en sont les projets de St Augustine et Pastry Case?
Alexandre: A la rentrée on sort les deux albums américains et canadiens, donc Evening Hymns et Hospital Ships. En octobre il y a celui du Delano, enregistré il y a assez longtemps en fait, en février. L'enregistrement s'est bien passé mais le truc c'est que la période qui était juste avant l'album c'était une période assez difficile où je me suis un peu cloitré et du coup je voulais absolument que l'album sorte, finir cette album pour sortir de là le plus vite. On avait un projet, on a appuyé sur play et du coup on l'a fait. C'était super bien, c'était pas facile psychologiquement, c'était pas une bonne période, mais à la fin l'album qui en ressort j'en suis très content et du coup j'essaye de faire le film maintenant qui correspond. Damine vient plus ou moins de finir d'enregistrer, il y a des mix à faire, donc là il est parti aux Etats-Unis et dès qu'il revient il va travailler sur ses mix, et c'est un super truc. C'est un super album parce que y'a une forme de virage qui est assez important, et je crois que c'est le cas pour le Delano aussi. Comme si on se retrouvait encore plus dans ce qu'on était, comme si on assumait plus ce qu'on avait envie de faire. Et Damien ça se ressent énormément. Quand il a fait des morceaux qui sont plus accoustiques, il assume à fond et quand c'est rock, noise, il assume aussi vraiment à fond et c'est très très bien. Je suis content de ce qui va sortir. Peut être qu'on a du mal à assumer ce qu'on a déjà sorti donc c'est bien.
Le Kiwi: Ca fait longtemps que Leopold Skin travaille sur cet album, parce que le dernier il l'avait enregistré il y a pas mal de temps...
Alexandre: Ouais, avant de partir au Canada donc oui ça fait longtemps. C'est peut être lui qui avait l'album écrit en premier, j'ai enregistré juste avant. Et lui il l'a enregistré chez Christophe Adam et nous on l'a enregistré dans un studio facile parce que les exigences justement de tout faire en même temps, c'était vraiment obligatoire de faire ça. Une vraie expérience, 42 minutes et après on arrête. Après l'album est presque enregistré, on a fait quelques arrangements, rajouté du violoncelle, des trompettes et tout ça et c'est bien, c'est brut. Je pense que St Augustine a bien avancé sur son album et il a toujours tendance à dire « moi de toute façon, soit j'en sortirais jamais soit ça sortira dans 10 ans » mais je crois qu'il a avancé et qu'il avance de plus en plus mais comme il est papa en plus, c'est peut être un peu moins facile. Mais il a envie et les nouveaux morceaux qu'il a fait sont super beaux donc j'ai hâte. Et Pastry Case, il s'y remet aussi, je crois qu'il en a fait deux, il a fait deux morceaux qui sont bien. Par contre ils ont aucune pression, on leur dit pas de faire un album avant la fin de l'année, ils font ce qu'ils veulent et une fois que l'album est prêt si le label existe encore ils peuvent le faire et sinon c'est la merde...
Le Kiwi: Donc voilà, achetez les disques! Vous allez tourner beaucoup du coup?
Alexandre: On sait pas trop, c'est toujours des problématiques qui sont différentes pour chaque groupe. Pour les artistes étrangers ils sont là sur une période courte donc on essaye de trouver le plus de dates, on travaille dessus. Et en même temps faut qu'on pense aussi à nous, et pour nous c'est un peu différent. François il travaille à côté donc c'est pas facile de le faire tourner et le Delano on a beaucoup tourné, un peu dans toutes les salles de France. Mais je pense qu'il faut que l'album plaise donc il faut qu'on envoie l'album et voilà. Ca se passe bien à chaque fois, vraiment, et puis les gens sont contents, le public est satisfait mais c'est pas facile non plus, parce que c'est pas très connu.
Le Kiwi: C'est vrai que le Delano c'est peut être le plus connu des 4...
Alexandre: Oui enfin tu vois, nous on est dans notre ville et pour les salles de concert ça reste un groupe en développement, c'est ça qui est un peu chiant.
Le Kiwi: Après vous faites des concerts vraiment abordables, à la rentrée c'est même gratuit pour les adhérents Coopé qui font peut être penser de vous que vous êtes un petit groupe...
Alexandre: Moi je trouve que c'est des relations différentes, parce qu'avec la Coopé, on reste sur des sorties d'album dans notre ville et du coup pour le public clermontois et les gens qui sont proches de nous, qui nous ont déjà vu et que ça intéresse c'est bien que ça reste pas cher. Mais s'il y a un club bien rempli ça serait bien.
Le Kiwi: Par exemple la première date de l'année, la journée du patrimoine, y'avait beaucoup de monde.
Alexandre: Ouais c'est vrai, n'empêche y'avait vraiment beaucoup de monde. C'était complet, y'avait des gens qui attendaient. Y'a eu plusieurs fois la file d'attente. Et c'était bien parce que justement c'est un concert où plein de gens sont venus et nous ont découvert, genre des personnes plus âgées, et ça me faisait presque penser à U2, tu fais ah ouais t'as pas beaucoup de références, mais c'est bien en fait. Tant mieux parce que c'est vrai que ça passe pas en radio et du coup on en entend pas parler mais c'est pas pour ça que c'est pas une musique qu'ils peuvent apprécier. Moi mes parents écoutaient pas de musique et à un moment ma mère était allée voir Vic Chesnutt en première partie d'un concert et « ouais j'ai vraiment adoré » donc voilà il faut donner l'accès aux gens une diversité de choix et le problème des médias et de la radio c'est que ça donne très peu de choix et les gens arrivent pas forcément à se retrouver, on a pas le choix. Ca m'attriste quand j'écoute les choix même de radios qui sont pas trop mal. Et puis ça demande une exigence personnelle de s'intéresser à tout ce qui sort, c'est pas facile. Après pour ceux qui sont dedans faut être tolérant vis-à-vis des gens qui y sont pas. C'est pour ça que j'aime bien les passerelles. La dernière fois sur France Inter y'avait Renan Luce, c'était une chanson, pas celle qui était connue mais c'était pas si mal finalement, et je me disais qu'ils allaient écouter ça les gens et après peut être que ça les amènera sur d'autres univers. Et en fait ce que je disais par rapport à cette chanson de Renan Luce qui était pas très connue je l'ai trouvée plus exigeante que les tubes qu'il avait fait avant, ce genre de truc pop, et je me disais tiens ça va peut être créer une sorte de recherche, faire une passerelle.
Le Kiwi: C'est comme ça qu'on découvre la musique. Enfin je sais que moi je m'y suis intéressée en trouvant des groupes et en regardant l'univers qu'il y avait autour, après ça grossit ça grossit et ça se recoupe.
Alexandre: De toute façon le but c'est que quand on achète des disques et qu'on a personne pour nous guider, au début on achète des disques de merde et au bout de deux ans on fait « ceux-là je vais les virer ».
Le Kiwi: Ouais y'a la discothèque idéale et la discothèque souterraine.
Alexandre: Ouais moi je les mets dans des petites boîtes et c'est bien parce que quand y'a des soirées on peut ressortir les petites boîtes et tu redécouvres tous les trésors pourris, ça fait des bonnes soirées. Et puis j'adore le r'n'b et tout ça. Je trouve ça bien d'écouter des musiques légères aussi. Tu vois c'est pas parce que je fais la musique que je fais, que je suis dans mon truc que je vais pas écouter des musiques légères .
Le Kiwi: Oui on avait interviewé un groupe de shoegaze de Brooklyn qui aimaient Beyoncé et Justin Timberlake.
Alexandre: Ouais j'aime les deux moi. Et après c'est pas ce qui va me transcender dans ce que je fais. Mais je trouve ça bien de s'y intéresser aussi et d'écouter des choses comme ça parce qu'en soirée t'écoutes pas notre musique, enfin merde faut le dire au bout d'un moment.
A suivre...

mercredi 26 mai 2010

"En fait on est de l'école Goldmanienne"

A l'occasion de leur passage à Europavox et après avoir été séduits par leur EP Le Rendez Français -alors que, de vous à moi, la musique en français mouais voilà quoi- le Kiwi en a profité pour rencontrer les Music is Not Fun et leur poser, comme à notre habitude des questions pertinentes. Leur prestation du soir fut tout autant emballante. Discussion décontractée avec Guilaume, Lozérien et amateur de blagues Fun Radio, Julien fan honteux des Libertines et de Laurent Voulzy, Lucas, fils caché de Ringo Starr et JJ Goldman et Valentin qui ne mange pas de kiwis (mais on l'aime bien quand même).

samedi 22 mai 2010

"France is the only fucking place to eat cheese"

Je crois que je n'ai jamais rencontré d'artiste plus sympathique et accessible que les membres de ZAZA. Groupe originaire de Brooklyn ils assuraient la première partie des Black Rebel Motorcycle Club en Europe et leur musique délicieusement teintée d'un psychédélisme planant nous avait séduit. Nous avons donc profité de leur passage à la Coopérative de Mai pour rencontrer Danny et Jennifer. Et parler de fromage, évidemment.
Le Kiwi: Comment se déroule la tournée jusque là? Danny: Fantastique. Jennifer: Comme dans un rêve. C'est une expérience tellement différente de pouvoir partir en tournée avec des gens qui sont vos amis et avec un vrai public qui comprend vraiment votre vision. C'est incroyable parce qu'à New-York il y a une vraie scène qui s'est construite et je ne dirais pas que nous en faisons partie mais j'ai l'impression que les publics ont été tellement respectueux et réceptifs sur cette tournée... C'est juste beaucoup de compréhension donc ça a vraiment été génial pour nous. Et parfois j'ai l'impression que l'Amérique nous perd un peu. Danny: Ouais les gens ici apprécient juste plus la musique en concert. Nous sommes alors interrompus puisqu'il était temps pour le groupe d'aller faire les balances. Nous les retrouvons donc un peu plus tard. Le Kiwi: Quelles sont vos principales influences? Danny: L'un et l'autre. (rires) Jennifer: Oui l'un et l'autre et je suis très influencée par tout ce qui est lié à l'art, l'art visuel, le nouvel art gothique, les vampires. Pour plaisanter on dit toujours qu'on est une bande de vampires en train de rôder tout habillés en noir. Je suis très inspirée par New-York, New-York est très inspirant, il y a énormément de mouvement et de vitesse et je suis inspirée par les gens qui font la merde qu'ils ont envie de faire. Danny: Je suis très inspiré par l'émotion, les choses qui ont un réalisme émotionnel. Il y a beaucoup de musique qui est très bien faite techniquement mais à quoi il manque une vraie âme. Quelque soit le genre, shoegaze, dance, rock'n'roll ou techno. Peu importe. Le style peut être aussi bien gothique ou new wave à partir du moment où l'artiste met de l'émotion dans son travail et que l'on peut voir ou entendre cette émotion, c'est ce par quoi je suis attiré. Ce n'est pas un genre, un groupe ou une personne en particulier, c'est la façon de penser qui à mes yeux fait de l'art quelque chose de bien. Jennifer: De la sincérité oui. Danny: Même si c'est fait avec les moyens du bord, que c'est un gribouillage ou quelqu'un qui chante faux, du moment qu'il y a de l'âme dedans, c'est ce qu'il y a d'important. Le Kiwi: Dans votre musique êtes-vous influencés par un auteur quelconque? Jennifer: Tout à fait. Les livres sont mes amis, mon premier grand amour. J'ai vraiment beaucoup été influencée par Anne Rice ces derniers temps, c'est cette romancière célèbre qui a écrit sur les vampires et les sorcières, c'est assez cool. Danny lit tout ce qui a trait à la socio-politique. Je lis principalement des biographies ou des romans d'amour. Je viens de lire l'autobiographie de Patti Smith qui s'appelle Just Kids. C'était brillant et superbement écrit. Ca parle du mouvement artistique progressiste de New-York à la fin des années 60, Andy Warhol, Jimi Hendrix, The Velvet Underground, toutes ces petites histoires rigolotes à propos de Jim Caroll, l'auteur, c'est simplement génial. Donc j'ai vraiment été inspirée par ça dernièrement. C'est rattaché à New-York et à ses icônes. C'est un endroit tellement magnifique, plein de ces personnages puissants qui produisent beaucoup. Danny: Des auteurs? Beaucoup de ce que je lis sont des dystopies et de la science fiction -pas de la science fiction de comptoir cependant- parce qu'avec la science fiction, en particulier, beaucoup des idées qui sont développées sont à propos des problèmes sociaux actuels, et parfois même développent des idées romantiques mais celles-ci sont présentées différemment. Quand tu écris des chansons c'est en quelque sorte la même chose que tu fais, tu prends quelque chose de relativement simple et tu le manipules tellement que c'est encore ça mais avec une présentation différente. Mais Jenny est la vraie lectrice. Je suis l'écrivain. Elle corrige beaucoup ce que je fais, me dit si c'est mauvais ou si c'est de la merde. Jennifer: Je ne dis jamais que c'est de la merde mais "tu peux mieux faire". Danny: C'est bien d'avoir quelqu'un pour corriger, je fais la même chose avec le travail de Jenny. Jennifer: Ce que j'écris est toujours parfait. Non je plaisante. (rires) Danny: Je ne sais pas, peut être que je ne suis simplement pas suffisamment intelligent pour lire. J'essaye de lire l'Enfer de Dante. C'est pas que ce n'est pas bon, ça va, mais je ne prends pas de plaisir à lire ça. Mais je peux finir un livre de science fiction en un peu près trois heures même si je suis supposé faire quelque chose d'autre. Je m'assoie et Jenny essaie de me faire sortir ou de répéter. Avec n'importe quel autre livre je finis par m'endormir. Jennifer: C'est quelque chose qui vient avec l'âge, quand on commence à accepter ce qu'on aime vraiment au lieu de ce qui a l'air d'être cool. J'étais du genre à dire "j'adorerais lire Ulysse de Joyce ou la Bible" mais je ne l'ai pas fait parce que ça ne m'intéresse pas vraiment. Pour la première fois de ma vie, je préfère admettre qu'Anne Rice et les vampires m'obsèdent. Plus on lit ce genre de littérature, plus l'estime qu'on en a augmente. Ce que je veux dire c'est qu'on doit juste aimer ce qu'on aime. Danny: C'est la même chose avec la musique. Parfois les gens sont du genre à dire "tu devrais écouter ce truc de jazz d'avant-garde ou de noise". Jennifer: Je me rappelle que tu m'as dit que tu détestais le jazz d'avant-garde du genre "je déteste vraiment ça putain". Danny: Tu as l'impression d'avoir la pression pour arriver à le comprendre. Je ne dis pas que c'est mauvais, je ne le pige pas. Donc pourquoi je dépense tout ce temps à essayer de comprendre ça alors que ça ne représente rien pour moi? Jennifer: C'est une longue réponse. Le Kiwi: Comme vous êtes de Brooklyn, pouvez-vous nous expliquer pourquoi il y a tant de groupes de là-bas? Jennifer: Parce qu'à Brooklyn il y a de l'espace. Manhattan est simplement surpeuplé. Et à l'origine, Brooklyn, ce sont de vieilles usines transformées en loft ou en espace de répétition donc tous les artistes sont partis de Manhattan pour Brooklyn parce que c'est plus abordable financièrement et qu'il y a plus de place. C'est probablement pourquoi il y a un tel mouvement là-bas. Mais je pense qu'émotionnellement et artistiquement c'est la même chose qu'on a pu dire de New-York. Les gens vont à New-York comme pour aller voir un monument. Tout le monde va là bas. Le Kiwi: Comme pour Berlin. Jennifer: Ouais, parce qu'il y a juste un mouvement qui a lieu là-bas et New-York a eu une activité assez stimulante pendant des décennies. Danny: Ca bouge en quelque sorte tout autour de la ville. il y a quelques années tous les artistes venaient de l'East Village, après ça a été le Lower East Side... Je suis sûr qu'il y a ce même mouvement d'artistes qui déménagent dans des endroits abordables à Londres ou à Paris. Puis ces endroits sont exploités par les entrepreneurs, des gens plus riches enménagent et font partir les artistes qui vont dans un autre endroit abordable et ça recommmence comme dans un jeu entre un chat et une souris. Actuellement Brooklyn est assez abordable mais c'est en train de devenir cher, je pense que le processus est déjà en cours. Maintenant tout le monde déménage pour le Queens parce que c'est là où se trouvaient tous ces complex avec des studios et des salles de répétition. Mais je pense qu'il y a quelque chose à New-York qui attire les jeunes artistes américains, quelque chose de spécial. Quelqu'un me racontait qu'il y a des cristaux sous Manhattan, quelque chose comme un magnétisme. Enfin je ne sais pas vraiment, il y a vraiment quelque chose de spécial avec cette ville. Quelque chose dans l'eau. (rires) Le Kiwi: Votre EP, Cameo, était téléchargeable gratuitement sur votre site internet. Quel futur pensez-vous qu'internet réserve pour les groupes de demain? Jennifer: On nous pose beaucoup cette question en fait. Danny: Je pense qu'internet est vraiment un outil génial: il permet un grand nombre de possibilités et je pense que c'est désormais aux artistes de l'utiliser de façon individuelle comme un outil. Juste parce qu'internet existe ne signifie pas que les choses sont plus simples ou plus difficiles. C'est juste la façon dont vous l'utilisez à votre avantage. Les gens disent que la musique sur internet signifie la mort de l'album. Je pense que pour beaucoup de groupes l'album est plus important à faire parce qu'avec les fichiers mp3 tout est réduit à trois minutes. Ce n'est pas la façon dont tu comprendras un groupe, ce n'est pas la façon dont tu comprendras ce sur quoi ils ont travaillé pendant un an et tu ne peux pas faire l'expérience d'acheter l'album entier et de l'écouter pendant 45 minutes, une heure ou une heure et demie. On a fait ce que Radiohead avait fait, proposer notre album gratuitement ou pour un prix quelconque et dont on ne peut pas séparer les chansons pour les acheter individuellement. C'était mon plan à l'origine, mais ça a un peu foiré puisqu'on a fini par les mettre sur itunes, donc maintenant on peut acheter les chansons individuellement. Il y a l'industrie et les gens qui lui font faire des choses, parce que l'industrie ne cherche qu'à faire des profits et ils feront tout dans ce but. S'ils proposent plus de chansons de façon individuelle et que les gens les achètent comme ça, ils continueront de fonctionner de cette manière. Mais si l'artiste dit "non, nous voulons avoir ces choses sur lesquelles on a travaillé" et qu'ils demandent et se battent pour ça l'industrie l'acceptera. Mais une fois de plus c'est entre les mains des groupes. Je veux dire l'électricité ou l'internet sont des choses géniales mais je le redis, ce ne sont que des outils. C'est le genre de réponse que vous vouliez? J'essaye de ne pas être long ou de vous donner une réponse de 10 minutes donc j'espère vous avoir répondu quelque chose d'utile. Jennifer: Il me dit que mes réponses sont trop courtes et les siennes trop longues. Ouais enfin, je ne suis pas tellement d'accord avec Danny... Danny: Vicieuse! Jennifer: Je pense simplement que tout est un outil qui doit être utilisé dans toute leur capacité. Je me rappelle quand je commençais à m'intéresser à la musique et il y avait tous ces fanzines et on devait aller chez nos potes pour pouvoir écouter de la musique et les enregistrements. On ne pouvait pas simplement aller sur le MySpace et écouter comment le groupe sonnait pendant deux secondes. Tout est immédiat. Il y a une immédiateté mais votre soif de nouveauté est constante et en même temps c'est pas très exitant. Pour Zaza on s'intéresse de près à l'artwork. D'habitude on joue nos concerts avec l'artwork que nous réalisons mais on ne pouvait pas l'emporter avec nous en Europe. On essaye également de communiquer d'une manière intelligente avec les gens qui s'intéressent à notre musique et d'avoir un esthétique globale. Ce que je veux dire c'est que tout est pensé est calculé pour Zaza parce que tout est si facilement accessible. On joue toutes nos chansons avec une énergie différente en live par rapport aux chansons studios et on veut que ce soit un aspect intéressant de venir voir un groupe en live. Vous savez, c'est pas comme si vous veniez nous voir et que c'est la même chose que sur notre CD. Ce n'est pas intéressant du tout. Nous sommes intéressés par comment on peut s'éloigner de tout ça, comment utiliser l'accessibilité de l'internet par ses côtés positifs et également comment sortir de l'infrastructure de l'internet. Le Kiwi: Quels sont les groupes que vous écoutez en ce moment? Jennifer: On aime vraiment Fever Ray. Danny: Fever Ray ouais. Jennifer: j'aime vraiment le dernier album des Raveonettes. Il n'y en a pas énormément en fait. Je veux dire on a énormément écouté le Black Rebel, tous les soirs, et c'est tellement inspirant. On les regarde jouer 2 heures tous les soirs et on est jamais là à faire "Oh mon Dieu", mais "bordel!", tous les soirs. Donc les Raveonettes, Fever Ray, The Kills, The Black Ryder qui sont d'Australie et qui sont un groupe fantastique. Danny: Health... Jennifer: Je pense que c'est tout, mais j'essaye de penser à ce qu'on aime mettre sur la route avec l'ipod. Le Kiwi: Beyoncé? (nous avions en effet parlé de l'amour que Jennifer portait de manière curieuse à Beyoncé hors interview) Danny: Justin Timberlake. Jennifer: Non, j'écoute pas tellement Justin Timberlake ou Beyoncé, juste suffisamment pour leur piquer des rythmes. Danny: On s'intéresse tous les deux beaucoup aux groupes de Brooklyn, Yeasayer par exemple. Jennifer: J'aime tellment de groupes, c'est ridicule, mais là où on vit on voit Yeasayer, TV On The Radio, Blonde Redhead, Sonic Youth... Tu sors et tu tombes sur ces personnes qui vivent à New-York, c'est génial. Danny: Yeasayer répète au même endroit que nous, ils sont de l'autre côté du mur. Leurs répétitions sont toutes fantastiques. C'est comme regarder Black Rebel sur scène, les voir faire tout ce qu'ils font c'est... Jennifer: Tous les soirs ils donnent tout alors que nous on est crevés. Avant de monter sur scène ils se donnent des baffes, sautent partout pour faire couler un peu de sang. Et moi je suis là: "peut être que je devrais laisser Danny me donner des baffes. Oh non, ça abîmerait mon maquillage". (rires) Danny: c'est la même chose avec Yeasayer et c'est pour ça que je dis que ce groupe est inspirant. Ils viennent dans le studio de répétition et y travaillent tout le temps qu'ils y sont. La plupart des groupes viennent à quelque chose qui ressemblerait à une répétition, boivent de la bière, traînent et enfin, jouent peut être de la musique. Enfin, si tu travailles sur quelque chose dans l'optique d'une carrière et que c'est quelque chose que tu veux plus que tout au monde, tu dois quand même te comporter de manière professionnelle. Mais il y a plein de glandeurs. Comme le dit Jenny, les Black Rebel sont incroyables, la masse de travail qu'ils font, pendant 6 mois de l'année lorsqu'ils ne sont pas en studio... Le Kiwi: Nous n'avons plus que des questions qui nécessitent une longue réponse, donc peut être pouvons-nous vous en poser une très stupide. Jennifer: Demandez nous ce que vous voulez! Le Kiwi: Que pensez-vous du fromage français? Jennifer: Fantastique! Oh mon Dieu, c'est super bizarre, on parlait de ça juste avant, c'est trop bizarre que vous nous posiez cette question! On disait que la France est le seul putain d'endroit pour manger du fromage. Danny: c'est pas seulement le fromage, c'est Tout. Jennifer: Tout est tellement délicieux. Danny: il n'y a pas d'hormones ou des produits chimiques bizarres, même vos oranges ont un meilleur goût. Jennifer: On va en manger de suite! On aime vraiment vraiment vraiment ça. Je suis folle de fromage aujourd'hui. Tellement délicieux. Rien d'autre ne m'intéressait. Votre fromage est tellement bon, c'est incroyable. Danny: Il devrait y avoir des distributeurs de fromage comme ceux de Coca-Cola aux Etats-Unis. Jennifer: On parlait de fromage à l'étage tout à l'heure et on était en train pleurer en remerciant le ciel pour le fromage français. En fait j'adorerais en manger maintenant. Le Kiwi: Ouais, Clermont-Ferrand est un endroit où il y a beaucoup de fromage. Jennifer: Oh vraiment? La prochaine fois, ramenez-moi en un. Non, je plaisante. Non mais c'est vraiment cool. Si je pouvais je prendrais mon sac et j'en ramènerais un dedans. Le Kiwi: Ca pue un peu quand même après... Jennifer: Ca vaut le coup. On adore ça.
Crédit photo: Angel Ceballos

samedi 8 mai 2010

"Il est fromager?"

Malgré ce que peut en dire Pebble et votre opinion parisienne formatée selon laquelle en Auvergne, à part des vaches des TER il ne passe rien, cette conception obsolète est fausse. En effet, la ville héberge un foyer de musiciens assez important. Les Kissinmas en font partie, et comme on est jamais mieux servis que par soi même, le Kiwi est parti à la rencontre de ce groupe aux influences britpop manifestes juste avant leur concert dans le cadre intimiste du Baraka. Le concert en lui même fut sans réelle surprise, agréable comme à leur habitude. Le genre de musique idéale lorsque, le dimanche matin, motivé comme on le sait, vous cherchez désespérément un disque capable de vous mettre de bonne humeur et de vous sortir hors de votre lit. Des titres accrocheurs et efficaces qui méritaient bien qu'on s'y attarde un peu plus. Le Kiwi: Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, je vais vous demander de vous présenter... Matthieu (basse): On s'appelle les Kissinmas, on est une formation à 5 depuis 1 an puisqu'avant on était 7 et on a fait pas mal de concerts avec cette formation là. Donc il y a Benjamin qui chante, je fais de la guitare... Benjamin (chant): Tu fais de la basse. Matthieu: Ah merde je fais de la basse. Benjamin: On vous explique, avant on avait un bassiste et Matthieu faisait de la guitare. Matthieu: Voilà je suis passé à la basse y'a un an, un an et demi et j'ai pas encore intégré le truc. Donc c'est Sylvain qui fait de la guitare, Raph à la batterie et Pog qui fait du clavier. Le Kiwi: On m'a dit que vous ne répondiez pas à la question d'où vient le nom Kissinmas, donc je vais pas vous la poser... Benjamin: On s'en rappelle plus en fait, c'est trop loin. Matthieu: Un nom aussi con... Le Kiwi: Mais pourquoi avez-vous choisi de prendre des surnoms? Matthieu: Au début quand on a fait le groupe on trouvait ça cool d'angliciser nos noms. En fait c'est des formes simplifiées de nos noms de famille et de nos prénoms. Benjamin: On a fait beaucoup de choses pour se marrer au début du groupe. C'était un peu du second degré au début puis finalement c'est resté. Matthieu: Les gens connaissent plus nos surnoms que nos noms maintenant. Benjamin: Même nous on sait plus vraiment comment on s'appelle. Le Kiwi: Au niveau des influences, c'est plus britpop non? Matthieu: Au départ ce qui nous a rassemblé c'est parce que dans les soirées on écoutait Pulp, Blur ou Supergrass ensemble. D'autres choses aussi mais c'est surtout cette musique. Le Kiwi: Sur Clermont, il y a une activité musicale assez importante, vous le sentez comment vous? Matthieu: On le sent beaucoup comme Clermont est une petite ville et qu'il y a beaucoup de groupes, tout le monde se connait donc on se rend bien compte qu'il y a des concerts tout le temps, des groupes supers qui sortent des disques sans arrêt. Même il paraît qu'un groupe clermontois a vendu 100,000 albums... Un duo de folk apparemment (ndlr, nous parlons bien évidemment ici de Cocoon...). Mais c'est clair qu'à Clermont il y a vachement de trucs qui se passent. Le Kiwi: Y'a eu le titre de capitale du rock (Clermont avait battu Bordeaux) aussi. D'ailleurs captiale du rock, c'est pas plutôt capitale du folk? Matthieu: Ouais c'est un peu ça, depuis ce duo folk. Benjamin: A cause du Delano aussi (Matthieu est également guitariste au sein du Delano Orchestra, ndlr). Matthieu: A cause de, ouais. (rires) Le Kiwi: Oui aussi peut être grâce au label, le Kütu (Kütu Folk Records est un label basé à Clermont qui signe des artistes que je vous recommande chaudement): Benjamin: Ouais voilà. Matthieu: C'est vrai mais bon au final y'a de tout. Mais c'est vrai que les médias se sont beaucoup focalisés sur le folk, y'a pas de doute. Le Kiwi: Donc il y a Clermont et il y a aussi Bordeaux dont l'antenne bordelaise n'est pas d'avis que Clermont est aussi rock'n'roll que ça... Benjamin: C'est de bonne guerre. Matthieu: C'était marrant ce titre de capitale du rock mais bon ça représente pas grand chose dans la réalité. Benjamin: Peut être parce qu'il n'y avait pas les bons groupes de rock à ce moment là. (rires) Matthieu: Surtout que dans toutes les grandes villes universitaires en France t'as des tonnes de groupes super bien. Le Kiwi: C'est vrai qu'il y a eu un petit retour du rock. Matthieu: Voilà et après t'as les médias qui se focalisent plus sur une ville et les gens ont l'impression qu'à Clermont y'a plein de trucs, mais il se passe pas plus de trucs qu'à Lyon, qu'à Montpellier, qu'à Toulouse, qu'à Bordeaux ou qu'à Paris. Benjamin: Dis pas ça. Faut pas dire ça. Y'en a qui vont regarder ça. Matthieu: Je vais me faire castrer. Benjamin: Exactement. Le Kiwi: La Coopérative de Mai, la grosse salle de la ville joue un rôle important aussi dans la promotion des groupes peut être. Matthieu: Ouais et puis elle a toujours soutenu les groupes de Clermont un peu émergents en les mettant en première partie, en les aidant matiériellement et parfois financièrement. C'est toujours un gros appui la Coopé pour les groupes, c'est clair. Le Kiwi: Si vous avez des influences britpop, vous envisagez de finir comment en fait... Matthieu: Tu veux dire, est-ce qu'on va se mettre sur la gueule comme certains? Le Kiwi: Non c'est un peu plus fin que ça, un peu plus musical... Benjamin: Ben là on tourne d'une façon assez dramatique vers les années 80. Après si on veut faire des sous on va faire de la folk. Mais bon on est pas très bons donc on fera pas de sous. Le Kiwi: En fait ma question c'était, pensez-vous finir comme Alex James comme fromager... Matthieu: Il est fromager? Le Kiwi: Il fait du fromage oui. Benjamin: C'est pas con ça. Le Kiwi: Ou alors, comme Jarvis Cocker en gros playboy? Matthieu: Oh bah lui il va te répondre Jarvis Cocker, je pense, parce que le fromage... Benjamin: Ouais, moi le fromage... Le Kiwi: Ouais mais qu'est-ce qui rapporte le plus après... Matthieu: Ouais enfin si on pouvait finir à Hyde Park comme Blur et tourner un DVD, ça pourrait être pas mal. Mais fromager je savais pas. Benjamin: Tu veux tenter ça? Le Kiwi: La reconversion dans le fromage... Benjamin: Lui c'est plutôt la boucherie. Matthieu: Ouais peut être plutôt la viande moi. Benjamin: Tu peux mettre des trucs dans le fromage. Le Kiwi: Sinon je me suis pas mal documentée sur Internet... Benjamin: Ah les rumeurs! Matthieu: C'est le passage potin de l'interview! Le Kiwi: Vous avez pas mal de groupies... (les deux prennent un air étonné mal simulé) Matthieu: Ah non. Le Kiwi: Vous avez beaucoup de messages féminins, et vous avez même eu un forum qui vous avait été consacré... Matthieu: Oh putain où t'es allée chercher des trucs... Benjamin: On fait pas exprès hein. Matthieu: C'est naturel. Voilà nous avons un charisme naturel. Benjamin: On finit jamais d'être un sex symbol. Matthieu: Toi t'as une formule toute faite, tu l'as marquée sur ton avant bras. Le Kiwi: C'est pas un peu lié à vos danses aussi? Matthieu: A ses danses, c'est lui le danseur. Le Kiwi: Ca me faisait penser au chanteur des Friendly Fires, je sais pas si vous avez déjà vu des vidéos de lui. Les deux: Euh non. Le Kiwi: Bon disons qu'il a une façon de danser très particulière... Matthieu: Très suggestive? Benjamin: Vas y explique! Le Kiwi: Disons qu'il a un mouvement du bassin assez prononcé. Matthieu: Ah voilà, t'as un spécialiste du mouvement du bassin là! Benjamin: Mais c'est pas facile. Je fais pas ça à froid. Je m'échauffe une demie heure avant, sinon claquage et ton concert est grillé. Matthieu: Et plus y'a de monde plus il les fait. Le Kiwi: C'est de l'exhibitionnisme en fait. Benjamin: Un peu ouais. Le Kiwi: C'est pour ça le groupe de pop et tout ça... Benjamin: Oh c'est juste pour se foutre à poil. C'est très clair. Matthieu: Tu sais nous la musique, du moment qu'on peut se dessaper en public. Benjamin: Non mais la musique ça a jamais vraiment été mon truc. Le Kiwi: Plus le fromage... Matthieu: Tu sais que j'y ai réfléchi vraiment. Benjamin: Si tu sors un fromage tu touches des royalties dessus? Matthieu: Si tu composes un fromage... Benjamin: Un fromage en forme de vinyle. Matthieu: Quand il y aura notre disque on mettra un bout de fromage. Benjamin: Ou alors un vinyle en fromage, tu graves un sillon et tu peux le mettre sur ta platine! Matthieu: Tu vois avec tes questions tu nous donnes des idées, comme si on avait besoin d'avoir encore plus d'idées à la con. Et puis il y a des vidéos qui trainent sur internet, mais si t'en parles pas c'est que t'as pas du les voir. Le Kiwi: Dans une cuisine? Matthieu: Ouais si alors tu les as vues. Benjamin: Des trucs pas jolis jolis. Non mais si vous saviez combien de personnes tournaient cette vidéo. Le Kiwi: Non mais c'est bien au moins c'est rigolo. Moi ça m'a fait rire en tout cas. Matthieu: Ah oui oui, si c'était pas moi ça me ferait rire aussi. Le Kiwi: J'espère que vous ne l'avez pas faite sobre quand même. Benjamin: Si si, sobres. Matthieu: En pleine après midi! Benjamin: Même pas il était 11 heures du matin je crois. Le Kiwi: Un lendemain de fête alors... Benjamin: Même pas, en toute connaissance de cause. Matthieu: Complètement lucides. Le Kiwi: Bon on parle de tout sauf de la musique! Benjamin: En même temps la musique... On se fait chier à parler de musique. Le Kiwi: Donc vous avez sorti deux EP, au niveau de l'album on en est où? Benjamin: Il est fini! Matthieu: Fini, enfin. Benjamin: Pour la sortie y'a rien de fait. Mais il est fini, il est bouclé, mixé, masterisé... On a mis un bout de temps à le faire. Le Kiwi: Vous avez enregistré où? Matthieu: A Clermont, avec Pascal Power Mondaz, qui a enregsitré Delano... Le Kiwi: Y'a des choses qui changent? Matthieu: Non, je pense que pour les gens qui nous connaissent y'aura pas forcément de grosses surprises. Benjamin: Y'a du vieux, y'a du neuf... Matthieu: Oui donc des vieux titres ou des titres plus récents parmi la tonne de chansons qu'on avait. Le Kiwi: Donc on reste dans la même veine? Matthieu: Je pense que c'est assez varié. On voulait pas faire un album entièrement dansant ou disco punk (les Kissinmas ont une chanson qui s'appelle Disco Punk Is Too Easy, ndlr). Benjamin: Y'a des trucs très dansant. Matthieu: Y'a de la pure britpop, des ballades, y'a de la New Wave, y'a tout ce qu'on aime bien. Le Kiwi: Y'a une sortie de prévue? Matthieu: C'est pas défini. On sait pas trop comment on le sort, on sait pas trop quand. On sait qu'on va le sortir, sous peu. Benjamin: Je sais qu'on va en vendre deux millions mais on sait pas encore comment. Matthieu: Mais pour l'instant nous sommes dans l'expectative. Le Kiwi: Vous avez pas une blague? Benjamin: Oh les blagues on est pas très forts. Matthieu: Moi j'en ai pas. Benjamin: Tu peux montrer ton cul. Matthieu: Non... y'a déjà assez de documents compromettants sur internet. Benjamin: On va vraiment passer pour des cons. Matthieu: Et encore, toi t'es pas sur facebook, t'as pas tes exploits en photo. Benjamin: Je refuse facebook. Matthieu: T'as raison. Le Kiwi: Non mais il faut contrôler... Benjamin: Je suis le seul maître de mon image. Matthieu: Voilà tu pourras conclure là dessus, Ben T est le seul maître de son image.

jeudi 15 avril 2010

"Un bel accident"

Le Kiwi a rencontré Mélanie Valera, unique membre de Tender Forever lors de son passage avec Les Femmes s'en mêlent à Bordeaux. On retiendra sa performance à Tatry, la meilleure de la soirée, devant un public complètement conquis par son humour, sa décontraction et bien évidemment sa musique. A noter aussi que la jeune femme met tellement à l'aise ses interlocuteurs, que l'on remarque après quelques minutes d'interview que l'on est passé du vouvoiement au tutoiement sans vraiment s'en rendre compte.

(En étroite collaboration avec l'équipe du tea-zine)

Vous êtes de Bordeaux, ça vous fait quoi de jouer ici?

Ça fait toujours plaisir parce que c'est là que j'ai commencé et il y a toujours des amis qui viennent. Et c'est tellement rare quand t'es entourée, d'avoir des amis, des gens qu'on connait. Souvent on connait personne. Donc ça, ça fait plaisir et voilà, je suis contente, j'espère qu'il va y avoir du monde et que ça va bien se passer et que tout le monde va s'amuser.

Que pensez-vous de la scène culturelle à Bordeaux?

Après avoir été dans pas mal d'endroits en France, je pense que c'est l'un des rares endroits intéressants. Je pense que si je devais être forcée d'habiter en France, j'habiterais à Bordeaux parce qu'on est pas loin de Paris, on est pas loin de la mer, et moi j'aime bien la mer! Et en plus c'est super, super beau. La culture à Bordeaux elle est vraiment géniale, y'a plein plein plein plein de choses (!!!) même s'il n'y a pas assez de salles je trouve, y'en a pas assez pour le nombre de choses qui s'y passent, malheureusement. Donc ça j'espère que ça va se rétablir vite fait, parce qu'on m'a dit que plein de salles avaient fermé ces deux dernières années. C'est dommage, ça fait mal au coeur. Mais j'entends toujours parler de nouvelles choses, je suis très bonne copine avec Martial de Total Heaven (disquaire indépendant de Bordeaux, ndlr) donc il me raconte toujours toutes les nouvelles choses, tous les nouveaux groupes et j'espère que ça continuera parce que c'est pas le cas dans toutes les autres villes en France (y compris Clermont. ndlr).

Comment est-ce que vous vous organisez pour enregistrer un album? Vous utilisez surtout votre macbook?

Sur celui-là, j'ai utilisé deux ordinateurs, mais on a aussi loué du matériel, enfin y'avait plein plein de choses. On s'est pas trop organisés parce que j'avais enregistré mon album en studio, mais j'ai tout perdu et donc j'ai du tout réenregistrer avec les moyens du bord. Mais on s'est pas trop organisés du coup, je m'asseyais, j'écrivais un morceau, on co-arrangeait, on co-produisait, on mixait tout en même temps... On avait à peu près 20 jours pour tout faire, c'était vraiment du sport mais c'était aussi vraiment chouette, c'était un bel accident.

Vous prenez donc ça comme un mal pour un bien?

Je pense que c'est... parfait!

Pourquoi ne pas chanter en français?

Parce que je pense que la langue française est trop belle pour moi. Il y a tellement de mots qui sont très difficiles à manipuler, j'écoute beaucoup Dominique A, j'adore Matthieu Boogaerts, ils s'en servent tellement bien. J'ai l'impression que si on chante en français, soit on fait de la poésie, soit on fait du hip hop, soit on fait de l'électro putassier. Après c'est de l'ordre de mon ressenti, de ma culture, c'est toujours par rapport à ce que j'ai écouté, par exemple Serge Gainsbourg quand j'étais petite et c'était la seule chose. Le reste... Et en plus je pense que j'ai une facilité pour l'anglais, c'est une culture qui m'a toujours attirée. Mine de rien, ça fait 5 ans que je suis partie, je m'y sens bien dans cette langue, je pense que ça fait partie de moi.

D'ailleurs, pourquoi être partie aux Etats-Unis ?

Parce que la France me faisait profondément chier. Même si je l'aime pour plein plein plein d'autres choses, j'ai besoin de danger, j'ai besoin de gens qui me challengent, et ici je trouve pas de nanas qui soient plus grandes gueules que moi, et si y'en a, c'est trop rare. J'ai besoin d'être entourée de gens qui ont la niaque et qui ont envie de faire plein de choses dans l'art, dans la musique. Et là-bas c'est beaucoup plus important. Y'a tellement de filles qui font des choses, c'est inconcevable. Et de revenir ici c'est presque un choc. Mais c'est vraiment dommage, et j'espère que moi, et d'autres gens inspireront d'autres nanas pour faire plein de choses. On a vraiment besoin de se bouger, il y a de la place pour faire tellement de choses! J'aimerais bien aussi que les gens ne fassent pas de l'enfermement dans le statut d'intermittent, c'est précaire et ça n'incite pas au challenge et à l'initiative. Mais, ça c'est mon point de vue!

Vous trouvez pas ça un peu dommage qu'on ait besoin de faire des festivals comme LFSM pour justement mettre les femmes en valeur?

Je trouve ça tellement dommage et en même temps tellement important. C'est ça le problème, on n'a pas ça ici, ou bien très peu. Une nana à Nantes avait organisé 2 ou 3 choses, il y a quand même des gens qui essaient de se bouger, des assos comme Wonderground, et des groupes que j'aime beaucoup aussi. Je trouve pas ça dommage, je pense que c'est essentiel. Mais je regrette que ça s'appelle Les femmes s'en mêlent peut-être. Moi ça fait bien longtemps que je m'en mêle et je pense que c'est le cas de pas mal de monde ce soir, par exemple Jessie Evans, qui était dans The Vanishing. Je l'avais vue il y a 10 ans et ça m'avait juste soufflée. Et MEN, voilà c'est Le Tigre, c'est plein de gens qui m'ont inspirée et je pense que je suis pas la seule à être inspirée par ces choses là. Mais ça fait longtemps qu'elles s'en mêlent et je pense que c'est surtout les mecs qui ont jamais trop suivi en fait! Donc c'est bien, je salue l'effort. Et d'ailleurs les personnes qui s'occupent du festival c'est aussi mon agence de booking, donc je leur dis souvent « Ouais, Les femmes s'en mêlent, super, mais bon CA FAIT LONGTEMPS QUAND MEME! ». Et en même temps, le festival existe depuis 13 ans donc ça dénote quand même d'un hermétisme à ça, parce que vraiment, 13 ans, c'est long! Treize ans d'un festival qui s'appelle Les femmes s'en mêlent, et ça grossit de plus en plus. Peut-être que dans 20 ans, ce sera magique! Les femmes sortiront de leur trou avec plein de choses incroyables, en tout cas dans le milieu de la musique. Ouais, ce serait pas mal!

Enregistrement/Tournée. Vous préférez quoi?

Je pense que c'est deux choses vraiment séparées. En l'occurrence ce serait pour moi une fois que les morceaux sont finis, une fois que j'arrive à les comprendre et à les aimer. Une fois qu'ils sont devenus miens. Avant que je les donne. Ça c'est une partie vraiment très excitante. Et puis la scène... Je pense que les artistes qui écrivent des morceaux et qui les jouent jamais c'est juste des sacs à pain, c'est dommage parce que c'est la meilleure partie! C'est le moment où il se passe vraiment un truc!

Vous pensez avoir évolué au fil des albums?

Complètement. Au début c'était un peu au hasard. Je pensais pas faire ça, vraiment. Et puis je composais pas mal. Finalement on a sélectionné quelques morceaux, alors que j'en avais genre 45-50. Le deuxième album je savais que je continuais, que je faisais de la musique. J'étais en tournée tout le temps, donc j'enregistrais un peu partout où j'étais, dans les chambres d'hôtel etc... avec les moyens du bord mais je le faisais un petit peu mieux donc c'est vrai que ça sonne un petit peu mieux... Et puis le troisième album, j'avais tout perdu, j'ai dû tout refaire en urgence avec tout ce que j'écoutais à l'époque, j'écoutais beaucoup de trucs expérimentaux. C'était tellement différent. Je pense que ce qui a évolué c'est la façon dont je produis les choses, qui est plus efficace, c'est peut être mieux, plus abouti. Et après je pense que quand les choses arrivent, il faut les faire correctement et ça, ça change pas du tout, mais il va y avoir plein de choses différentes qui vont arriver, je sais pas, c'est pas vraiment mon style de savoir comment je vais faire les choses, on verra.

Vous avez fait des études d'art, si vous n'aviez pas fait de musique, vous auriez fait quoi?

Après mes études d'art, après mon DEA, j'en avais marre de bosser pour des gens... j'ai bossé dans une asso, ça m'a vraiment soulé, et je me suis mise à mon compte, en free-lance et j'ai appris tous les trucs d'ordi que j'avais pas appris à la fac parce qu'on nous les apprend pas. Donc, je me suis, en autodidacte, totalement instruite sur tout ce qui est infographie, conception de musique etc... Je me suis lancée en freelance et j'ai trouvé des clients et c'est comme ça que je bossais. Et je pense qu'à l'heure d'aujourd'hui je serai toujours vers mon ordi en train de faire des trucs mais j'ai dérapé dans la musique. Je passais plus de temps à faire de la musique sur l'ordi en fait.

Si vous aviez 30 secondes pour nous convaincre que "No Snare" est le meilleur album de l'année?

Je dirais que j'ai pas à vous convaincre parce que c'est pas le meilleur album de l'année. Le meilleur album de l'année ce serait une compilation.

La plus belle rencontre que vous ayez faite grâce à la musique?

Je pense que c'est une personne qui m'a dit de faire de la musique pendant que je commençais à en faire. C'était Feist, et elle était pas du tout connue à l'époque. C'était le premier festival Les Femmes s'en mêlent à Bordeaux, en avril 2004. J'étais dans la rue, je faisais des reprises avec les Bonnies, c'est comme ça que j'ai appris à jouer de la guitare, et on jouait entre les groupes dans le bar à Barbey, et c'était la première fois que je pouvais aller dans les loges, la première fois que je pouvais aller derrière la scène et j'étais vraiment intéressée par comment ça se passait, et y'avait que des nanas en plus, donc je pense que ça m'a vraiment marquée. Et je me suis retrouvée derrière, sur la scène, à regarder les groupes et à rester dans le noir, et à vraiment regarder comment ça se passait... Et puis entre deux groupes, je continuais, j'allais jouer en bas et puis hop je remontais. Et puis à un moment donné y'a quelqu'un qui m'a tapé sur l'épaule, et c'était Feist, son premier album venait juste de sortir et elle m'a dit: « Je crois que t'as un truc, je crois qu'il faudrait vraiment que tu fasses de la musique, il faudrait que t'essaies ». Et elle est montée sur scène juste après, et je l'ai regardée, et elle m'a vraiment bluffée en plus, parce qu'elle a beaucoup d'auto-dérision. Elle est vraiment pleine d'humour, elle est toute petite, elle se fringue comme un sac à pain, elle en a vraiment un caractère qui est vraiment super, une super personnalité et elle m'a dit ça, et je pense que ça m'a vraiment marquée. Un an plus tard j'ai appris qu'elle avait suivi ce que j'avais fait et qu'elle était pas étonnée, et qu'elle était super contente et ça m'a fait super plaisir. J'ai pas eu l'occasion de la recroiser depuis, mais j'espère que ça se fera, ça serait sympa.

Le pire concert que vous ayez donné?

Hum, j'ai souvent eu des problèmes techniques ou des choses comme ça, qui ne me sont pas dûes. Mais j'ai fait les nuits zébrées avec Nova à Nantes, c'était y'a deux semaines. Et c'était vraiment le concert le plus dur que j'ai eu à faire parce que c'était un concert qui était retransmis à la radio. Mais c'était un concert gratuit et ils mettent dans le line-up plein de groupes différents. Donc t'as un public qui vient, qui connait personne, qui connait rien, qui vient parce que c'est gratuit, pour se mettre minable, pour boire des bières, et donc je pense qu'il y avait 80% de beaufs, ou alors pas des beaufs, peut être des gens que bourrés, mais je me suis faite insultée de noms d'oiseaux, j'ai même pas envie de les répéter. Parce qu'ils n'écoutaient même pas, tout le monde parlait pendant que je jouais c'était HORRIBLE. Et c'était la même chose pour les autres groupes aussi. Et c'était juste hyper... décevant.

C'est un manque de respect surtout!

Ouais, mais c'est plus que ça. Je pense que ça dénotait d'un manque culturel, et je me suis rendue que y'avait vraiment plein de choses qui collent plus avec moi. C'était vraiment, vraiment dur.

Quel homme célèbre voudriez vous être?

Olala. (elle réfléchit) Je pense que... y'en a aucun! Je suis tellement heureuse d'être une femme en fait que j'ai du mal à vouloir être un autre, enfin, être un mec. Si je devais vraiment en citer un, ce serait un noir avec... Stevie Wonder ce serait bien. Mais ce serait vraiment par dépit.

Le dernier film/livre/album qui t'a marquée?

Y'a un bouquin dont je me suis pas remise du tout c'est « King Kong » de Virgine Despentes. Et pourtant j'aimais pas ce qu'elle faisait avant. Je l'ai acheté quand même parce que je suis curieuse, et ça m'a vraiment marquée, dans le bon sens du terme. Et y'a plein de choses dans lesquelles j'ai pu me retrouver. Et ensuite, pour le film, j'aime beaucoup « Grey Gardens », c'est un documentaire sur... Je crois que ce sont des cousines de la soeur de la femme de Kennedy. Et c'est un documentaire sur cette nana qui... Euh c'est tellement dur à expliquer! Mais c'est un documentaire extraordinaire.

C'est récent?

Non c'est vieux, c'est des années '70, je crois que c'est 1973. Et c'est assez incroyable, la vie de cette dame et de sa fille, qui vit totalement recluse avec des chats et qui est pourtant la nièce de Jackie Kennedy. Y'a un autre documentaire aussi qui s'appelle « Surfwise ». C'est une famille, ils vivent dans une caravane et ils surfent partout. Les enfants ne vont pas à l'école. Ça représente toutes les alternatives qu'on peut proposer. Et aussi comment on peut vraiment rater l'éducation de ses enfants, comment on peut aussi leur niquer la tête en étant un gros hippy. Mais on voit aussi comment ils s'accomplissent, ils font des choses vraiment différentes. Et donc ça, j'ai beaucoup beaucoup aimé.

Une dernière question, tu préfères avoir des remords ou des regrets?

(silence puis rires) Des regrets!

Un grand merci à Mélanie pour son humour, ses images de femme à barbe et son honnêteté.

Pour conclure, nous ne pouvons que vous conseiller d'acheter "No Snare", le dernier album de Tender Forever, d'assumer votre girl power, et d'aller aux prochaines éditions des Femmes s'en mêlent afin que ce merveilleux festival puisse continuer d'exister.